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Pour quelques auteurs cependant, le défaut d’ossification du crâne pourrait avoir un retentissement grave sur l’intégrité du fœtus. Parrot, avec Guéniot, considère que cet état anatomique est une cause fréquente d’hémorragie intra-crânienne. Math. Duncan pense que si le cerveau est trop comprimé à travers un crâne trop dépressible, l’enfant se trouve exposé à devenir épileptique, idiot ou aliéné. Truzzi a publié une observation de mort du fœtus pendant le travail, qui s’est manifestée à l’autopsie par tous les caractères de l’asphyxie. Cet auteur rappelle à ce propos l’opinion de Schultze, qui discerne deux variétés d’asphyxie intra-utérine. L’une, rapide, qui se traduit par des mouvements de respiration prématurée, l’autre par le ralentissement progressif de la circulation. Dans le premier cas il y a excitation puis paralysie du centre respiratoire sous l’influence de l’accumulation de l’acide carbonique dans le sang ; dans le second cas, paralysie lente, sans excitation préalable. La compression prolongée de l’encéphale entraînerait cette dernière variété d’asphyxie.

Bien que les faits de mort du fœtus par compression cérébrale ne doivent pas être mis en doute, il s’en faut qu’ils soient fréquents, et il nous semble juste de conclure que, dans l’immense majorité des cas, le défaut de consistance de la calotte ostéo-membraneuse est sans influence fâcheuse sur l’enfant.

L’excès d’ossification n’exerce aucune action sur le bon fonctionnement des appareils fœtaux pendant le travail. Il n’offre donc aucune valeur pronostique pour l’enfant au point de vue obstétrical. Nous signalerons toutefois la très fâcheuse influence qu’il peut avoir sur le développement ultérieur de l’individu.

M-P. Jacobi a montré qu’il était indispensable pour la santé physique et psychique qu’il y eût des fontanelles et des sutures non fermées à la naissance ; il conseille de chercher à prévenir les fâcheux effets de la compression cérébrale, en soumettant l’enfant soit à un traitement stimulant, soit au contraire à l’inanition relative de façon à entraver son développement. Il considère que l’enfant atteint d’ossification prématuré est fatalement condamné à succomber à des accidents cérébraux. C’est en s’appuyant sur cette conclusion que Blake, Thomas, Reynolds estiment qu’il ne faut pas hésiter, au cas où l’expulsion offre des difficultés, à recourir à la perforation crânienne, lorsqu’on constate pareille anomalie au cours du travail. Est-il besoin de dire que, pour nous, cette conduite est trop radicale et que nous nous garderions bien de la conseiller ! Il semble difficile d’admettre qu’une application de forceps bien conduite ne puisse venir à bout de l’extraction de la tête la plus ossifiée, à condition que la mère soit bien conformée.

Dans les premiers jours qui suivent la naissance, il n’est pas rare de voir ces enfants comme engourdis, criant peu, tétant mal, tomber dans une athrepsie à évolution rapide et succomber sans offrir à l’examen nécroscopique de lésions viscérales appréciables.

Le nouveau-né prématuré à tête ossifiée que nous avons observé à Saint-Louis, mourut de cette façon en moins d’une semaine, malgré le réchauffement par la couveuse et l’alimentation artificielle qui avaient été mis en œuvre avec la plus grande sollicitude.

Dans la seconde enfance, les sujets à tête trop tôt synostosée se développent mal, tant au point de vue physique qu’au point de vue psychique. S’ils ne succombent pas de bonne heure à des convulsions, ils peuvent demeurer idiots. La relation de cause à effet est aujourd’hui établie avec assez de précision pour que les chirurgiens n’hésitent pas, en pareille circonstance, à donner du jeu à l’encéphale enserré trop à l’étroit dans sa capsule crânienne, par le moyen de la craniectomie.