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Selon une étude co-réalisée par l’Inserm, l’Université de Paris, l’AP-HP, le CHU de Nantes, et l’Université de Californie publiée le 1er mars 2022 dans le Lancet Régional Health Europe, le taux de mortalité infantile a nettement augmenté en France sur la période allant de 2012 à 2019. Pour la première fois en temps de paix, ce taux est remonté de façon significative.

Les auteurs de cette étude jugent « primordial » de comprendre les causes de cette augmentation.

Selon le Pr Martin Chalumeau, pédiatre et épidémiologiste, superviseur de l’étude : « Grâce à des analyses statistiques poussées, nous avons identifié une aggravation significative du taux de mortalité infantile en France depuis 2012. En comparant les données par rapport à d’autres pays européens à économie similaire tels que la Suède et la Finlande, on observe chaque année en France un excès d’environ 1200 décès d’enfants âgés de moins d’un an. Il est primordial de pouvoir explorer en détail les causes de cette augmentation en disposant par exemple d’informations systématiques sur les circonstances médicales et sociales précises de ces décès et en faisant de cette population, qui est la plus vulnérable, une réelle priorité de recherche et de santé publique, ce qui n’est pas le cas actuellement. »

L’équipe a analysé les données d’état civil de l’Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques (INSEE) entre 2001 et 2019. Leurs résultats font apparaître qu’au cours de cette période, 53.077 décès de nourrissons de moins d’un an ont été enregistrés parmi les 14.622.096 naissances vivantes, soit un taux de mortalité infantile moyen de 3,63 pour 1.000 (4,00 chez les garçons, 3,25 chez les filles).

Près d’un quart des décès (24,4%) sont survenus au cours du premier jour de vie et la moitié (47,8%) au cours de la période néonatale précoce, soit au cours de la première semaine suivant la naissance. Surtout, si le taux de mortalité infantile a fortement diminué de 2001 à 2005, puis de façon plus lente de 2005 à 2012, ce taux a ensuite nettement rebondi. Cette augmentation a fait passer la mortalité infantile de 3,32 en 2012 à 3,56 décès pour 1.000 naissances vivantes en 2019 (+7%).

Une analyse statistique poussée a identifié deux points d’inflexion en 2005 et 2012. Le taux de mortalité infantile a fortement diminué de 2001 à 2005, puis de façon plus lente de 2005 à 2012. À partir de 2012, une augmentation significative du taux de mortalité infantile a été observée. Cette augmentation de 7% a fait passer la mortalité infantile de 3.32 en 2012 à 3.56 décès pour 1000 naissances vivantes en 2019. Des analyses de sensibilité ont montré que cette tendance n’était pas liée à la modification des pratiques d’état-civil, ni à la modification des pratiques médicales pour la prise en charge des nouveau-nés atteints d’affections graves. Des analyses en sous-groupes indiquent que cette hausse est principalement due à une augmentation du taux de mortalité infantile dans la période néonatale précoce.

Les auteurs de l’étude se contentent d’avancer quelques hypothèses pour expliquer cette hausse. Ils rappellent notamment que les principaux facteurs de risque de décès précoces sont liés à la prématurité et la présence d’anomalies congénitales, et que ces facteurs sont à leur tour affectés par la santé maternelle avant et pendant la grossesse, et par des facteurs socio-économiques.

En ce qui concerne la santé maternelle avant et pendant la grossesse, les enquêtes nationales périnatales françaises ont révélé que l’âge maternel, l’indice de masse corporelle et le tabagisme pendant la grossesse avaient augmenté régulièrement au cours de la période d’étude.

Cette étude est intéressante mis à part le fait que les auteurs n’ont pas évoqué la part de responsabilité des accouchements traumatiques. Ce qui n’est pas le cas pour ce qui concerne les causes maternelles et ante partum. Pourquoi la cause du traumatisme de l’accouchement dans la mortalité infantile est-elle tenue à l’écart ?